LE SEAPUNK: SEA, NO SEX DOLPHINS & PUNK

Voici déjà plusieurs mois voir presque une année que nous avons senti le courant arriver sans pouvoir lui donner de nom tellement ce que nous allons tenter de vous décrire est indescriptible.

Qui aurait pu imaginer donc une “mode” qui voue un culte aux images de dauphins, à la 3D des années 90 et dont les amateurs se teignent les cheveux en turquoise? Avant Internet et Tumblr, personne. Mais çà, c’était avant…

Le très bon magazine Slate à enquêté pour nous:

Quand on parle de seapunk, on parle d’un phénomène non localisable, impalpable par excellence. Une «culture» cyber-nautique, sans doute la première du genre, née entièrement sur Internet.

«Le seapunk est un de ces trucs nés sur Internet et vraiment trop stupide pour être expliqué quand quelqu’un vous demande de quoi il s’agit.»

Première leçon: le seapunk est d’abord un mode d’expression visuel avant d’être un genre musical, une philosophie de vie ou que sais-je encore. Commençons par là. Voici deux images «seapunk». Ne prenez pas peur, on va faire preuve de pédagogie.

Qu’observe-t-on?

  • Des dauphins qui nous rappellent les pires posters d’adolescentes des années 1980 et nous replongent dans l’univers d’Ecco the Dolphin, un jeu sorti en 1992 sur Megadrive, une console Sega.
  • Une dominante bleu-turquoise, avec des touches de vert.
  • Un goût prononcé pour le nacré et l’irisé,
  • Un milieu sous-marin en arrière-plan, qui évoque moins une photo prise par un plongeur qu’un fond d’écran ringard de Windows –les vagues créées avec un logiciel de 3D des années 1990 confirment cette impression de recherche d’anachronie
  • Des formes géométriques en 3D qui flottent dans les airs,
  • Des références au New age, au psychédélisme et à la transe,
  • Du symbolisme utilisé au petit bonheur la chance: loup, colonnes ioniques, croix, pyramides, cônes, etc.

Nous venons donc de voir des échantillons de ce que les jeunes ados se partagent sur Internet sous la bannière de rassemblement seapunk(littéralement, Punk de la mer).  

Passons au stade suivant —le plus déconcertant— celui de l’incarnation seapunk sur des sujets humains de 16 à 20 ans.

On retrouve un certain nombre de traits déjà identifiés plus haut: turquoise, fonds marins, touches fluo, coquillage, mauvais goût assumé. Vous commencez à piger le délire? Poursuivons…

José Parra, planneur stratégique à l’agence Heaven et fondateur du blog de tendances Viacomit.net, détaille:

«Cette mode vestimentaire est constituée de différentes références –kawaii, symboles religieux, ésotériques– et bien sûr des références à la mer avec le dauphin, l’étoile de mer, le cyberpunk des années 1990. Le maquillage apposé par couches y joue un rôle important (jouant avec l’androgynie), les cheveux sont décolorés et délavés.»

SEAPUNK MUSIC

LES SEAPUNKS, PARTOUT ET NULLE PART

Mais la musique passe, dans le seapunk, au second plan par rapport à la traduction visuelle, qui reste véritablement le mode d’expression privilégié. Le média utilisé pour poster ces images, Tumblr, n’est évidemment pas neutre. Si les premiers blogs étaient le lieu d’expression privilégié des auteurs de journaux «extimes», sur Tumblr la culture de l’image est hégémonique.

Producteurs et suiveurs, les seapunks illustrent certaines caractéristiques du web participatif: absence de hiérarchie auteur-récepteur et horizontalité du mouvement, autonomie de la création, importance d’une communauté de pairs pour valider, suivre, partager, cocréer, etc.
Le seapunk n’est donc pas seulement né sur la Toile par hasard ou parce que c’était dans l’air du temps. Il ne pouvait pas naître autrement. C’est sans doute pourquoi vous ne verrez jamais de seapunk dans la rue…

Le seapunk serait donc une culture de l’ironie, ses pratiquants des amateurs éclairés de Flipper le dauphin conscients de l’incongruité stylistique de ce qu’ils produisent. Les définitions données dans la presse au compte-goutte par les intéressés donnent du crédit à cette hypothèse: «une méta-texture», «une philosophie de vie», «un truc à propos de l’Océan», les leaders auto-déclarés du seapunk adorent tourner autour de la définition de leur mouvement sans jamais en proposer une formulation claire.

Au bout de quelques mois d’activisme numérique, les seapunk attirent immanquablement la presse branchée. Une série de publications hyper-confidentielles se fait ainsi l’écho du mouvement.

Même inspiration pour la rappeuse qui dit «bitch» quinze fois par vers, Azealia Banks, dont le dernier single s’intitule… Aquababe et sa mixtape récemment sortie Fantasea. La chanteuse se définit comme une sirène et arbore des tenues tellement seapunk que c’en est à peine croyable (haut de maillot de bain «coquille saint-jacques», par exemple).

Et la haute couture, cet éternel vivier de hipsters chassant l’ennui par le recours permanent à la dernière micro-tendance du jour, n’est pas en reste. «Récemment, observe le magazine de tendances de Libération, Next, Versace, Prada, Givenchy ou Chanel ont pioché dans cette esthétique. Là, un motif de sirène couvre une robe; ailleurs, les chevelures se délavent, des bindis se nichent sur les fronts.»

MORALITE

Non seulement les seapunk risquent bien de ne jamais sortir de leur ornière Tumblr pour envahir les littoraux, mais il est très probable qu’ils finissent perdus et oubliés dans les abîmes de l’océan digital. Le mode d’expression qui les a fait naître pourrait les faire disparaître aussi vite. Mathieu Buard:

«Sur Internet on fonctionne par scrolling, on va du haut vers le bas. Or ce qui était en haut a tendance à être oublié. A une vitesse folle.»

Via

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